La TVA est l'impôt que toute entreprise croise en premier, souvent avant même d'avoir réalisé son premier bénéfice. Pourtant, entre franchise en base, réel simplifié, réel normal et une poignée de taux différents, il est facile de s'y perdre. Ce guide fait le point, sans jargon, sur ce qu'un dirigeant doit maîtriser en 2026 pour déclarer juste et, surtout, choisir le régime le plus avantageux pour son activité.
La TVA en une minute
La TVA (taxe sur la valeur ajoutée) est un impôt indirect payé par le consommateur final, mais collecté et reversé par les entreprises. Concrètement, votre entreprise joue un rôle de collecteur pour le compte de l'État.
- TVA collectée : celle que vous facturez à vos clients sur vos ventes et prestations.
- TVA déductible : celle que vous payez à vos fournisseurs sur vos achats professionnels.
- TVA à reverser : la différence entre les deux. Si la TVA déductible dépasse la collectée, vous obtenez un crédit de TVA, remboursable ou reportable.
En clair : vous ne payez la TVA que sur la valeur que vous ajoutez réellement, d'où son nom.
Les 3 régimes de TVA
Le régime de TVA dépend principalement de votre chiffre d'affaires et de la nature de votre activité. Il en existe trois.
1. La franchise en base de TVA
Sous ce régime, vous ne facturez pas de TVA à vos clients et vous n'en récupérez pas sur vos achats. Vos factures portent la mention « TVA non applicable, art. 293 B du CGI ». C'est le régime par défaut de la micro-entreprise et des petites structures qui restent sous les seuils.
- Avantage : simplicité administrative et prix plus compétitifs auprès des particuliers.
- Inconvénient : impossible de récupérer la TVA sur vos investissements et achats.
2. Le régime réel simplifié (RSI)
Vous facturez la TVA et la déclarez de façon allégée : deux acomptes semestriels en cours d'année, puis une déclaration annuelle de régularisation (formulaire CA12). Il s'adresse aux entreprises dont le chiffre d'affaires reste sous les plafonds du réel normal et dont la TVA annuelle due n'est pas trop élevée.
3. Le régime réel normal (RN)
La TVA est déclarée et payée chaque mois (formulaire CA3), ou chaque trimestre lorsque le montant annuel dû est modeste. C'est le régime des entreprises importantes ou de celles qui choisissent d'y opter pour lisser leur trésorerie et récupérer plus vite leur TVA.
La franchise en base est un régime « par défaut » que l'on peut quitter volontairement. Une jeune entreprise qui investit beaucoup (matériel, travaux, véhicules) a souvent intérêt à opter pour le réel dès le départ : elle récupère ainsi la TVA sur ses dépenses, ce qui peut représenter plusieurs milliers d'euros la première année.
Les seuils à connaître en 2026
Les seuils déterminent le basculement d'un régime à l'autre. Ils sont réévalués périodiquement ; voici les ordres de grandeur applicables.
Seuils de la franchise en base
- Prestations de services : de l'ordre de 37 500 € de chiffre d'affaires annuel, avec un seuil de tolérance majoré d'environ 41 250 €.
- Ventes de marchandises, restauration et hébergement : de l'ordre de 85 000 €, avec une tolérance jusqu'à environ 93 500 €.
Dépasser le seuil majoré fait sortir de la franchise, et la TVA devient exigible dès le 1er jour du mois de dépassement.
Seuils du réel simplifié / réel normal
- Ventes de marchandises : réel simplifié jusqu'à environ 840 000 € de CA, au-delà réel normal.
- Prestations de services : réel simplifié jusqu'à environ 254 000 €, au-delà réel normal.
- Le régime simplifié est en outre exclu lorsque la TVA due dépasse environ 15 000 € par an : le passage au réel normal (déclaration mensuelle) devient alors obligatoire.
Ces montants évoluent d'une année sur l'autre ; nous vérifions systématiquement les seuils exacts en vigueur avant de valider un régime.
Les 4 taux de TVA
En France métropolitaine, quatre taux coexistent selon la nature du bien ou du service.
- 20 % — taux normal : il s'applique à la grande majorité des biens et services (produits manufacturés, prestations de conseil, services courants…).
- 10 % — taux intermédiaire : restauration, hébergement, transport de voyageurs, certains travaux de rénovation de logements, produits agricoles non transformés.
- 5,5 % — taux réduit : produits alimentaires de première nécessité, livres, abonnements gaz et électricité, équipements et services pour personnes handicapées, travaux d'amélioration énergétique.
- 2,1 % — taux super-réduit : médicaments remboursables par la Sécurité sociale, presse, certaines représentations de spectacles vivants.
Un même client peut recevoir une facture combinant plusieurs taux : chaque ligne doit alors mentionner le taux qui lui est propre.
Périodicité et déclarations
La fréquence de vos obligations dépend directement de votre régime.
- Franchise en base : aucune déclaration de TVA à déposer.
- Réel simplifié : deux acomptes (juillet et décembre) calculés sur la TVA de l'année précédente, puis une déclaration annuelle CA12 en début d'année suivante pour régulariser.
- Réel normal : une déclaration CA3 mensuelle (ou trimestrielle si la TVA annuelle due est inférieure à environ 4 000 €), avec paiement dans la foulée.
Toutes les déclarations et paiements se font par voie dématérialisée, via votre espace professionnel sur le site des impôts. Les échéances varient selon la forme juridique et le département du siège : mieux vaut les sécuriser dans un calendrier, car le moindre retard entraîne pénalités et intérêts.
Les erreurs fréquentes à éviter
- Oublier de surveiller les seuils : un dépassement passé inaperçu vous rend redevable de la TVA rétroactivement, sans avoir pu la facturer à vos clients.
- Déduire une TVA non récupérable : carburant essence (partiellement), dépenses de restaurant du dirigeant, véhicules de tourisme… certaines TVA ne sont pas déductibles.
- Se tromper de taux : appliquer 20 % au lieu de 10 % sur des travaux, ou l'inverse, fausse la facturation et la déclaration.
- Confondre encaissement et facturation : pour les prestations de services, la TVA est en principe exigible à l'encaissement, pas à la date de la facture.
- Ignorer la TVA intracommunautaire : les achats et ventes au sein de l'Union européenne obéissent à des règles spécifiques (autoliquidation, numéro de TVA intracommunautaire, déclaration d'échanges).
Bien maîtrisée, la TVA n'est pas une contrainte mais un levier de trésorerie. Un bon paramétrage du régime et un suivi rigoureux des déclarations évitent les mauvaises surprises et optimisent votre récupération de TVA.
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